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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 16:09

les-3-cages-en-fer-du-clocher-de-l---glise-Saint-Lambert----M--nster.jpgFaisons un peu d’histoire puisque nos amis unitariens-universalistes vont aller prochainement à Münster et ne vont pas manquer de visiter la ville. 


Celle-ci, sous la houlette de Bernard Rothmann, se rangea en 1533 du côté de la Réforme y excluant catholiques et Evêque-prince de la cité. Il en résulta un solde migratoire positif car les anabaptistes y affluèrent, alléchés par le radicalisme du prédicateur. Parmi les nouveaux venus, Jean Matthijs (ou Mathiesen), un boulanger de Haarlem en Hollande, se proclama ni plus ni moins prophète et annonça le second avènement (le définitif) du Christ pour le mois d’avril 1534. Pour lui, Münster était la Nouvelle Jérusalem.

Mais c’était sans compter sur la réaction du comte et prince évêque François de Waldeck qui mit le siège à la ville. A jour prévu, notre prophète, plus illuminé que jamais, sortit seul de la ville sur un cheval blanc, certain d’avoir le secours de Dieu. Il fut coupé en morceaux et sa tête brandie au bout d’une pique. 

Il fut remplacé par Jean Beukelszoon, lui aussi un hollandais, et promu pour l’occasion le roi Jean de Leyde (Jan van Leiden). Les anabaptistes renforcèrent les remparts, se firent pugnaces et le siège dura une bonne année (14 mois précisément). Mais catholiques et luthériens étaient bien d’accord entre eux pour en finir avec cette insurrection religieuse.

La ville tomba en juin 1535. Elle fut pillée (il fallait bien payer les mercenaires qui avaient tant patienté !) et le roi Jean, avec deux autres meneurs, furent torturés, tués et leurs corps hissés au sommet du clocher de Saint-Lambert en guise d’avertissement pour d’autres aventuriers. Bernard Rothmann réussit, quant à lui, à s’enfuir.

Plus tard, le roi Jean de Leyde fit le bonheur des historiens marxistes qui virent en lui l’instaurateur d’un communisme dit primitif : toutes les propriétés foncières appartenaient à la nouvelle communauté, la polygamie était autorisée afin de rétablir l’équilibre démographique entre les sexes (le roi donna l'exemple avec 16 épouses). A noter que la polygamie n’a rien à voir avec l’adultère et la fornication qui sont, comme chacun le sait, condamnés formellement par la Bible. 

Du communisme, il y avait même le totalitarisme le plus sauvage : obligation de re-baptême sinon exil et perte de la maison et des biens restants ; décapitation en place publique d’une épouse du roi Jean, Elisabeth Wandscherer, qui avait osé solliciter de quitter la ville ; destruction iconoclaste d’une magnifique horloge astronomique qui se trouvait dans le déambulatoire de la cathédrale, etc.

Précisons que tous les anabaptistes n’étaient pas des apprentis dictateurs, loin de là. David Jan Joris, autre hollandais anabaptiste, pourtant lui aussi attiré par les thèses eschatologiques et se pensant de la lignée de David, désavoua cette insurrection baptiste.

Nonobstant, avec la " Nouvelle Jérusalem de Münster ", les Hutterites en Moravie (puis exilés en Russie en 1622, et au Dakota du Sud aux Etats-Unis en 1874), les Amish de Pennsylvanie à partir de 1720, etc., les anabaptistes ont eu la bien fâcheuse tendance à constituer des communautés d’élus, si exigeantes au regard des Evangiles interprétés à leur façon qu’elles ont versées carrément dans l’intégrisme. 

L’aventure eschatologique de Münster montre que la théocratie dictatoriale fait partie des rêves politico-religieux de gens convaincus, bien militants d’une cause, avides par ailleurs de pouvoir personnel ; l’islamisme aujourd’hui en reprend résolument le relais.

La bien vertueuse Ong humanitaire américaine des Droits de l’homme (Human Rights Watch HRW) vient d’épingler la France pour avoir renvoyé chez eux (surtout en Algérie) des imams islamistes (une quinzaine depuis 2001, dont celui de Vénissieux qui défraya la chronique en son temps). Il aurait fallu, paraît-il, leur mettre une simple amende afin de leur faire comprendre qu’il ne faut pas dire tout haut en place publique ce qu’ils disent régulièrement et également tout haut en lieu de culte. Selon une dépêche de l'AFP Paris du mercredi 6 juin. 

Vive donc la liberté religieuse (qui a bon dos), même s’il s’agit d’endoctrinement fanatique. 

Une suggestion qui n’engage que moi : on pourrait tout aussi bien leur payer gracieusement un voyage à Saint-Lambert pour qu’ils y contemplent les cages !

Et puis, souvenons nous que c’est en cette église que l’évêque catholique Clément Auguste Graf von Galen prononça des discours courageux contre le racisme et le programme d’euthanasie des handicapés mentaux préconisés par les nazis, mettant en garde les fidèles contre l’adhésion au régime national-socialiste.

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