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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 15:47

Dans votre Lettre aux catholiques de France (1996), publiée pour " Proposer la foi dans la société actuelle ", vous aviez voulu lancer un débat. Plusieurs affaires récentes, dont celle du Téléthon 2006 et les atteintes à la réforme liturgique, relancent l’urgence de ce débat, car il y va de la crédibilité des instances institutionnelles et de l'avenir, voire de la survie, du catholicisme français.

Un constat : le décalage entre la base et le sommet va croissant


Dans les villes et les campagnes, des catholiques, femmes et hommes, agissent et mènent une réflexion sur ce qui est réalisé et sur ce qui est déclaré impossible à faire par des laïques dans leurs communautés ecclésiales. Ils sont présents sur de nombreux fronts. Ils participent aux actions liées à l’évolution de nos sociétés. On connaît assez leurs difficultés actuelles, elles s’affichent par les médias : les SDF, les sans-papiers, les chômeurs, les familles brisées, les inégalités croissantes, la violence jusque dans les écoles et les familles, etc. Ces situations renvoient à celles que le Christ et les apôtres ont prises en considération. Aujourd’hui, elles suscitent des élans de générosité et de solidarité, venant de tous les bords. Des catholiques y participent, éclairés par l’évangile. Connaissent-ils les déclarations épiscopales ? En ont-ils seulement besoin pour agir ?


Pendant que nos sociétés, en recherche de spiritualité, demandent du sens et du bonheur, l’institution catholique, trop éprouvée, s’occupe d'abord d’elle-même, tentant de colmater ses brèches avec des moyens dépassés. Elle fait songer aux reproches du prophète: " Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, pour se creuser des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau " (Jérémie 2,13).


La période des élections montre combien les Français sont sondés, interrogés et sollicités. Ils participent au vaste débat. Rien de tel dans l’Église catholique, malgré les nombreuses demandes exprimées par les synodes diocésains depuis une trentaine d’années. Les grandes décisions sont toujours prises à Rome et dans les relais nationaux, qu’il s’agisse des nominations d’évêques, des traductions liturgiques à modifier, des "chapelles traditionnalistes" à tolérer, des adaptations indispensables refusées, etc. Les effets ne tardent pas à se faire sentir, les enquêtes les manifestent (sondage CSA/Monde des Religions, janvier 2007) : c’est l'érosion continue et la faillite du système.


Évêques catholiques de France, nous reconnaissons
toute la difficulté de votre tâche et les efforts de beaucoup d’entre vous. Nous voyons que vous êtes tiraillés entre les réalités du terrain et les instructions romaines. Certains parmi vous réagissent clairement et fermement, comme l’a montré, entre autres, l’affaire du missel de saint Pie V en octobre 2006 ; nous saluons leur discernement et leur résistance.


Nous, catholiques de France, nous estimons que vous n’avez pas à porter seuls la charge des décisions pastorales. Considérez les fidèles, non comme une masse d’exécutants, mais comme des membres à part entière du peuple de Dieu, partageant avec vous les responsabilités.

Nous, nous voulons vous voir libres d'agir pour le bien des membres du peuple de Dieu sans vous laisser paralyser par le système institutionnel et par des directives qui ne tiennent pas compte de leurs besoins vitaux.

Plusieurs actions s’imposent et elles sont urgentes.


1. Donner forme et vigueur aux communautés locales et en susciter de nouvelles. Elles sont un héritage de la pastorale des premiers chrétiens. Le Concile a rappelé cette tâche première : la formation d’une authentique communauté chrétienne (Vatican II, Prêtres 6). Pourtant, la Lettre aux catholiques de France est totalement muette sur ce sujet essentiel. Il n’est donc pas étonnant que, sauf de rares exceptions, vous ne nous souteniez pas dans la pastorale des communautés ; vous nous découragez plutôt, en cassant ce qui existe. Au lieu d’organiser les ministères au service des communautés, vous imposez des restructurations autour des quelques prêtres qui restent.


2. Élaguer l’Église catholique de France de sa bureaucratie centralisatrice mise en place en des temps où l’Église avait une vision pastorale différente, dans un contexte social autre. Quel est l’apport effectif des innombrables et longs documents concernant la vie chrétienne des fidèles et des communautés ? S’il est minime, mieux vaut choisir d’autres méthodes.

3. Débusquer toutes les manifestations de cléricalisme qui subsistent


4. Oser la même obstination que la veuve de l’évangile (Lc 18,1-8) pour obtenir un retour à la tradition apostolique quant à l’accès aux ministères  (1 Tm 3,2), sans discrimination selon l’état de vie ou le sexe des personnes appelées : les ministères sont pour la communauté, celle-ci est première. Nous affirmons que c’est possible aujourd’hui, comme il devint possible au concile Vatican II (1962-1965) de célébrer la liturgie en langue vivante, comme la demande en était déjà exprimée quatre siècles plus tôt au concile de Trente (1545-1563) ! malgré les réformes du Concile et rechercher les moyens d’en guérir les auteurs et leurs victimes. 


Pour mettre en place les innovations qu’appellent les "signes des temps", l'Eglise a besoin d'évêques qui ne soient pas comme pris en otages et qui ne se laissent pas paralyser par le désastre de notre Église et par des règlements venus d'en-haut. Ce fonctionnement actuel de l’Institution est suicidaire !

Voilà ce que nous avons tenu à vous dire en cette fête de Pentecôte et sans plus attendre, comme nous en avons le devoir et le droit (Code de droit canonique, c. 212.3).

Pentecôte 2007 

Cette lettre s'appuie sur une réflexion menée au cours d'un séminaire, dont les Actes ont été publiés avec la présentation de communautés vivantes de différents pays (Europe, Etats-unis): Faire Église autrement. Un monde autre, des communautés autres , Revue Les réseaux des Parvis, Hors-série n° 13 (juillet 2005). V. aussi Nouveaux visages d’Église, Cahiers de l’Atelier n° 506 (2006). Elle a été rédigée par un groupe de travail des associations Droits et libertés dans les Eglises et Femmes et Hommes en Eglise.
  Contact :  Association Droits et libertés dans les Eglises, 68 rue de Babylone, F-75007 PARIS, droits.libertes.eglises@erenis.fr

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