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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 04:20
Par Sandro Magister, à Rome, le 3 octobre 2007 – 


Lorsqu’il a redonné pleinement droit de cité à l’ancien rite de la messe, par le motu proprio "Summorum Pontificum", Benoît XVI a dit qu’il voulait aussi réagir à l’excès de "créativité" dans le rite moderne qui "a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable". Au vu de ce qui se passe dans certaines parties de l’Eglise, cette créativité influe non seulement sur la liturgie mais aussi sur les fondements mêmes de la doctrine catholique.


Kerk---Ambt.jpgNimègue, en Hollande : à l’église des pères augustins, la messe du dimanche est présidée à la fois par un protestant et par un catholique. A tour de rôle, l’un s’occupe de la liturgie de la Parole et du sermon, l’autre de la liturgie eucharistique. Le catholique est presque toujours un simple laïque et souvent une femme. Pour la prière eucharistique, les textes écrits par l’ex-jésuite Huub Oosterhuis sont préférés aux textes du missel. Tous partagent le pain et le vin.

Aucun évêque n’a jamais autorisé cette forme de célébration. Mais le père Lambert van Gelder, l’un des augustins qui s’en font les promoteurs, est certain d’avoir raison: "Dans l’Eglise, différentes formes de participation sont possibles, nous sommes membres de la communauté ecclésiale à part entière. Je ne me considère pas du tout comme schismatique".


En Hollande, toujours, les dominicains sont allés encore plus loin, avec le consentement des provinciaux de l’ordre. Deux semaines avant l’entrée en vigueur du motu proprio "Summorum Pontificium", les dominicains ont distribué dans chacune des 1 300 paroisses catholiques un livret de 38 pages intitulé "Kerk en Ambt", Eglise et ministère. Ils y proposent de transformer en règle générale ce qui se pratique de manière spontanée dans différents endroits.


Les pères dominicains proposent qu’en l’absence de prêtre, une personne choisie par la communauté préside la célébration de la messe: "Peu importe que ce soit un homme ou une femme, un homosexuel ou un hétérosexuel, une personne mariée ou un célibataire". La personne choisie et la communauté sont invitées à prononcer ensemble les paroles de l’institution de l’eucharistie: "Prononcer ces paroles n’est pas une prérogative réservée au prêtre. De telles paroles constituent l’expression consciente de la foi de la communauté toute entière".


Le livret s’ouvre sur l’approbation explicite des supérieurs de la province hollandaise des dominicains. Les premières pages sont consacrées à la description de ce qui se produit le dimanche dans les églises de Hollande.


Par manque de prêtres, la messe n’est pas célébrée dans toutes les églises. De 2002 à 2004, le nombre total des messes dominicales en Hollande est passé de 2 200 à 1 900. En revanche, au cours de la même période, le nombre de "services de Parole et de communion" est passé de 550 à 630. Il s’agit de liturgies de substitution, sans prêtre et donc sans célébration sacramentelle, où la communion se fait avec des hosties consacrées précédemment.


Dans certaines églises, la distinction entre la messe et le rite de substitution est clairement perçue par les fidèles. Mais ce n’est pas le cas dans d’autres églises, où les deux sont considérés comme étant de valeur égale et totalement interchangeables. Le fait que ce soit un groupe de fidèles qui désigne l’homme ou la femme qui conduira la liturgie de substitution renforce chez les fidèles eux-mêmes l’idée que leur choix "d’en bas" est plus important que l’envoi d’un prêtre de l’extérieur et "d’en haut".


Il en va de même pour la formulation des prières et pour l’organisation du rite. On préfère donner libre cours à la créativité. Au cours de la messe, les paroles de la consécration sont souvent remplacées par "des expressions plus faciles à comprendre et plus en accord avec l’expérience moderne de la foi". Dans le rite de substitution, il est fréquent que, pour la distribution de la communion, des hosties non consacrées soient ajoutées à celles consacrées.


Dans ces comportements, les dominicains distinguent trois attentes très répandues :

- que les hommes et les femmes auxquels est confiée la présidence de la célébration eucharistique soient choisis "d’en bas";

- que, de préférence, "ce choix soit suivi par une confirmation, une bénédiction, ou une ordination de la part des autorités de l’Eglise";

- que les paroles de la consécration "soient prononcées tant par ceux qui président l’eucharistie que par la communauté dont ils font partie".


De l’avis des dominicains hollandais, ces trois attentes s’appuient largement sur le Concile Vatican II. Selon eux, le geste décisif du Concile a été de placer, dans la constitution sur l’Eglise, le chapitre sur le "peuple de Dieu" avant celui sur "l’organisation hiérarchique constituée du haut vers le bas par le pape et les évêques". Cela implique de remplacer l’Eglise "pyramide" par une Eglise "corps", avec le laïcat comme figure centrale, ce qui implique aussi une vision différente de l’eucharistie.


L’idée que la messe soit un "sacrifice" – affirment les dominicains hollandais – est également liée à un modèle "vertical", hiérarchique, où seul le prêtre peut prononcer de manière valide les paroles de la consécration. Un prêtre qui doit être un homme et célibataire, comme le prescrit "une théorie archaïque de la sexualité".


En revanche, du modèle de l’Eglise "peuple de Dieu" dérive une vision plus libre et paritaire de l’eucharistie: comme un simple "partage du pain et du vin entre frères et sœurs au milieu desquels se trouve Jésus", comme une "table ouverte également à des personnes de traditions religieuses différentes".


L’opuscule des dominicains hollandais s’achève en exhortant les paroisses à choisir "par en bas" les personnes destinées à présider l’eucharistie. Dans le cas où, pour des raisons de discipline, l’évêque ne confirmerait pas ces personnes – parce qu’elles sont mariées ou parce que ce sont des femmes – les paroisses suivraient de toute façon leur route: "Que ces personnes sachent qu’elles sont, quoi qu’il arrive, habilitées à célébrer une eucharistie réelle et authentique à chaque fois qu’elles se réunissent en prière et partagent le pain et le vin".


Les auteurs du livret sont les pères Harrie Salemans, curé à Utrecht, Jan Nieuwenhuis, ancien directeur du centre œcuménique des dominicains d’Amsterdam, André Lascaris et Ad Willems, ancien professeur de théologie à l’université de Nimègue. Un autre théologien dominicain hollandais, plus célèbre, se distingue dans leur bibliographie de référence : Edward Schillebeeckx, 93 ans. Dans les années 80, il a été soumis à examen par la congrégation pour la doctrine de la foi pour des thèses proches de celles aujourd’hui réunies dans l’opuscule.


La conférence des évêques de Hollande se garde de donner une réponse officielle. Mais elle a déjà fait savoir que la proposition des dominicains apparaît "en opposition avec la doctrine de l’Eglise catholique".

A Rome, la curie généralice des dominicains a faiblement réagi. Dans un communiqué daté du 18 septembre – non publié sur le site de l’ordre – elle a défini le livret comme une "surprise" et a pris ses distances par rapport à la "solution" proposée. Mais elle a déclaré de partager "l’inquiétude" des confrères hollandais quant à la rareté des prêtres: "Il se peut qu’ils aient l’impression que les autorités de l’Eglise n’ont pas suffisamment travaillé la question et, par conséquent, qu’ils poussent à un dialogue plus ouvert. [...] Nous pensons qu’il faut répondre à cette inquiétude par une réflexion théologique et pastorale prudente entre l’Eglise toute entière et l’ordre dominicain".


En Hollande, les dominicains ont annoncé une réimpression prochaine du livret. Les 2 500 premiers exemplaires ont été très vite épuisés.

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