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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 11:22
En décrétant que chaque communauté locale était une Eglise (locale), le protestantisme a-t-il ouvert la boîte de pandore ? Chacun y va de sa différence théologique (pour le protestantisme historique) ou de sa vision reçue bien sûr de Dieu (pour les charismatiques, les prophétiques et les pentecôtistes) pour fonder une nouvelle Eglise, " son " Eglise.

Certes " ekklesia " en grec veut bien dire que chaque assemblée locale, en tant que communauté qui se réunit régulièrement et est apte à prendre ses propres décisions, fasse " Eglise ". De là à ouvrir une nouvelle boutique avec une nouvelle enseigne, il y a un pas.


Que signifierait par exemple, pour des chrétiens unitariens, de lancer une " Eglise unitarienne de France " dès lors que l’Eglise réformée de France (ERF) les accepte dans ses rangs, y compris des pasteurs de sympathie ou de conviction unitarienne. Nous l’avons dit sans détour dans notre dernier bulletin de la Correspondance unitarienneQuelle unité pour les unitariens ? ", n° 76, février 2008 (mis en ligne sur notre site documentaire La Besace des unitariens ).


Une nouvelle Eglise suppose qu’il y ait suffisamment de points de désaccord théologique pour la justifier (Martin Luther lui-même voulait réformer l’Eglise et non point la quitter), qu’elle repose sur un nombre conséquent de fidèles, plusieurs lieux de culte, des élites suffisamment formées, qu’elle puisse tenir des synodes réguliers et publics, qu’elle jouisse d’une cohabitation au moins minimale, de type démocratique où l’on s’accepte par courtoisie entre autorités religieuses voisines vivant sur un même territoire, etc.


grenouille-petite--gros-boeuf.jpgla grenouille et le boeuf, fable de La Fontaine


Il y a bien d’autres façons de " faire Eglise " sans se lancer dans des ecclésioles, comme le feraient les grenouilles qui veulent devenir de la taille des bœufs : de simples communautés de base, un réseau de personnes de même conviction, une association loi 1901, une congrégation religieuse loi 1905, un centre culturel, une mission, etc.

Cette modestie institutionnelle, loin des vanités ecclésiastiques des gourous, éviterait à la fois le ridicule et les heurts liés au prosélytisme.


Pourquoi par exemple établir une nouvelle Eglise dans les pays où est déjà implantée, d’une façon historique et traditionnelle, une communauté chrétienne.


Si des missions catholiques peuvent être fort estimées pour leur aide culturelle et caritative, par contre l’affirmation d’une hiérarchie catholique en pays orthodoxes ou coptes est choquante. En France, les orthodoxes tiennent compte de cette situation et s’abstiennent de tout prosélytisme, leurs lieux de culte ne réunissant strictement que leurs fidèles immigrés et quelques nouveaux amis, sans plus. Cette présence est agréable et hautement appréciée. Elle participe à une interconnaissance, à un enrichissement mutuel.

Le prosélytisme religieux entre chrétiens, au nom de la liberté de pensée - qui, dans ce cas, a bon dos - est en contradiction flagrante avec l’œcuménisme. L’impérialisme catholique et les démarchages intempestifs des nouveaux mouvements protestants de la mouvance pentecôtiste dans des pays " sensibles ", comme le sont entre autres les pays musulmans, posent effectivement problème.


Cela vaut pour les chrétiens unitariens, dans notre propre camp.


L’ajout d’une nouvelle Eglise implique d’abord une insertion locale suffisante, de bonnes relations avec les autres chrétiens, une reconnaissance mutuelle avec les autres communautés. Ouvrir sa boutique en décrétant que les autres chrétiens sont dans l’erreur, à côté de la plaque ou encore sous l’emprise de Satan, n’est pas du tout une façon appropriée … Sachons être présents, faire entendre notre voix, prôner le pluralisme théologique, mais au moyen d’institutions appropriées.


Et puis, rappelons que l’évangélisation des autres passe par notre propre témoignage, par notre sagesse, et non par le militantisme exacerbé.


Et puis, la tradition unitarienne sait encourager chacun dans sa propre voie philosophique, spirituelle et religieuse, chrétienne ou non, dès lors qu’il l’a choisie, qu’il la réfléchit avec exigence et qu’il la vit avec bon sens et altruisme.


Il ne s’agit donc plus de se convertir mutuellement, mais de s’entraider mutuellement en respectant les croyances des autres dès lors qu’elles constituent des apports positifs au sein d’une démocratie.

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