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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:20

Les Occidentaux, avec leur bonne conscience soit disant universelle, insistent – et font pression (depuis le célèbre "discours de La Baule" de François Mitterrand) - pour que tous les peuples du monde entier, sans exception, adoptent leur système démocratique basé sur des partis politiques et des votes pour dégager une majorité.

 

Le drame c’est que ce système, qui peut certes avoir ses vertus dans nombre de pays (dont le nôtre), n’en a pas du tout en bien d’autres endroits où il mène même tout droit, sans coup férir, à la guerre civile.

 

C’est le cas, une fois de plus, pour les récents incidents, ces vendredi 28 et samedi 29 novembre 2008, qui se sont passés à Jos, grande ville du centre du Nigeria (Etat du Plateau), à l’occasion d’élections ayant principalement opposé deux partis représentant en fait deux communautés religieuses.

Il a suffit pour cela d’une rumeur selon laquelle le Parti de tous les peuples nigérians (ANPP), majoritairement musulman, avait perdu un scrutin local organisé la veille, face à la formation au pouvoir au niveau fédéral, le Parti démocratique du peuple (PDP), à majorité chrétienne.

Le bilan officiel fait état de 200 morts pour l’instant, en fait peut-être 400 et plus et au moins autant de blessés et 10 000 personnes réfugiées dans des mosquées, des églises ou des casernes de l’armée et de la police.

 

Supposez un instant que la France du Nord vote majoritairement à Droite et que celle du Sud vote majoritairement à Gauche (ou inversement si vous voulez), ceci pour des raisons identitaires (ethnie, religion, langue, etc.) – connaissant le sang chaud des nôtres (héritiers en partie des Gaulois et des Francs !), nous aurions rapidement une partition du territoire avec une guerre civile à la clef qui nous ramènerait vite fait bien fait à l’époque de nos guerres de religion (XVIème siècle).

 

L’Afrique n’a pas le monopole de ces situations ; l’Europe avec ses Balkans et les minorités nationales insatisfaites dans de nombreux pays n’a pas de leçon à donner aux autres continents.

 

En fait, dans maintes régions, le suffrage universelle donne le pouvoir à une communauté identitaire, majoritaire démographiquement, sur une autre, ou les autres. La tendance pouvant être renversée si la minorité est dominante au sein de l’Armée (cas des Sunnites en Irak sous Saddam Hussein, des Tutsi dans des pays d’Afrique de l’Est, etc.).

 

Alors que les populations traditionnelles ont toujours su traiter l’hétérogénéité de leurs établissements humains, l’arrivée de nouveaux immigrants, la cohabitation de communautés ethniques et religieuses par de judicieuses répartitions des pouvoirs, au cas par cas et selon les cultures en présence, les Européens arrivent avec leurs gros sabots et proclament la Vérité comme s’ils étaient des experts en démocratie. Ils sont ainsi responsables de nombre de massacres directement liés à ce mode d’institution.

 

Avec la domination coloniales, il y a eu ingérence des administrations dans les systèmes politiques endogènes ou, plus radicalement, leur mise à l’écart. Et les élites modernes de ces pays, devenues souveraines, font trop souvent preuve d’un affligeant manque d’imagination, se contentant trop souvent (jusqu’à présent) de copier les institutions des pays occidentaux.

 

Les acteurs religieux, lorsqu’ils n’ont pas (ou plus) le bras séculier à leur service, sont bien obligés quant à eux de composer pour maintenir la cohésion de leurs assemblées.

Ce faisant, lorsqu’ils pratiquent le vote, ils le font toujours avec sagesse et non d’une façon bornée.

Les synodes protestants et les communautés baha’is par exemple reportent à des rencontres ultérieures lorsque le consensus ne s'avère pas suffisant en misant comme on dit sur le temps, sur l’évolution des mentalités, mais aussi sur les négociations et autres ajustements. Et lorsqu’il faut – enfin – se décider (car on ne peut pas indéfiniment reporter aux calendes grecques !), les décisions prisent à la majorité entrent en application selon un agenda à la convenance des uns et des autres, sur une période donnée. Au sein de l’Eglise catholique romaine – très réticente vis-à-vis de ce procédé – certains ordres monastiques, des deux genres, élisent cependant leurs propres dirigeants.

 

Oui, pleurons les morts de Jos dont notre " démocratie " à tout vent est directement responsable.

 

Conseil : lire l'interview d'Adam Higazi, chercheur à l'université d'Oxford, dans le journal La Croix ; "Les affrontements au Nigeria sont-ils de nature religieuse ?", propos recueillis par Laurent d'Ersu, article publié le 01-12-2008 sur le site www.la-croix.com (cliquer sur "article publié" pour avoir directement le texte)


Témoignage : nous avons reçu, en commentaire, le témoignage d'une personne qui a vécu à Jos du temps où chétiens et musulmans s'entendaient bien dans cette cité. 

Commentaire sur http://nickyza.over-blog.com

J'ai lu, avec beaucoup d'émotion votre article concernant les morts de Jos au Nigéria. J'ai vécu là-bas une bonne partie de mon enfance et adolescence et ce qui s'y passe là-bas me touche toujours profondément... "En ce temps là", les chrétiens et les musulmans cohabitaient merveilleusement bien... Je ne pense pas que cela ait changé... Ce qui s'est passé à Jos le week end dernier, me semble être à la base, un vil problème politique (accusations de fraude fiscale qui ont dégénéré ...) Hum... comme si ici en France, Ségolène et Martine qui se sont accusées d'avoir triché... avaient déclenché une guerre civile... Au Nigeria, comme dans beaucoup de pays d'Afrique, il suffit de nos jours d'une étincelle pour déclencher des guerres ethniques. C'est bien triste tout ça

ndlr - malheureusement les intégrismes des deux bords ont, depuis, profondément modifié le paysage religieux : d'une part les mouvements islamiques prônant la charia, et d'un autre côté les nouvelles Eglises de type pentecôtiste dont le prosélytisme est acharné. Les mosquées anciennes et l'Eglise catholique essaient bien de calmer le jeu et avaient su effectivement établir de bonnes relations de cohabitation et de respect, mais les nouveaux venus ont un tout autre style. Or ils ont sous leur influence les jeunes et la rue. En cela, oui, le conflit a malheureusement une dimension religieuse. Quels mots pour apaiser ces conflits ?


Oui, je veux bien croire que tout ait changé depuis le temps que j'ai quitté ce pays... C'était en 1970, juste après la guerre du Biafra... Déjà, les choses se gâtaient... alors qu'il y faisait si bon vivre avant ! Je suis bouleversée de voir ce qui s'y passe maintenant... Malheureusement, je pense que nous sommes impuissants devant ces conflits qui nous dépassent. Nous ne pouvons que prier pour qu'un jour tout s'arrange... Merci d'avoir mis mon témoignage sur votre blog

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