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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 19:55

A chaque élection, c’est l’effervescence – ou plutôt le " grenouillage " – au sein des partis politiques : décisions par le haut (pudiquement appelés " arbitrages ") et bouderies, voire rébellions en bas. Le système veut que les élus, même s’ils ont été méritants, ne soient pas assurés de se voir à nouveau présentés par leur parti. " On " peut leur préférer un autre genre (pour respecter le quota des sexes à 50%) ou encore les écarter au profit d’un parachuté ou leur préférer un autre candidat local plus en cours auprès des instances dirigeantes (eh oui ! les bandes, çà existent dès lors qu’il y a centralisation d’un pouvoir)*. Adieu carrière, mais aussi tout le travail de relations et de dossiers que le brave élu a pu faire durant son mandat.

* Voir par exemple sur le site du journal Libération la critique actuelle du PS par des élus qui se trouvent écartés par la nouvelle direction de leur parti : "Au PS, on touche le fond sur les européennes", rubrique " Politiques ", le 6 mars 2009. Lien


Qu’un élu soit changé après débat de sa section politique local, c’est là le jeu d’une démocratie ; mais il s’agit de tout autre chose : un diktat venu des sphères dirigeantes des partis. A ce jeu, nos députés – pourtant bel et bien élus par le peuple (et, rappelons le, pas par les seuls militants de leur parti) – ne sont plus que des fonctionnaires de leur parti, éjectables à moindre échéance électorale, non par résultat du scrutin, mais, à priori, selon les stratégies de leur hiérarchie politique. Le système est si bien établi et admis que les candidats qui se présentent comme " indépendants " sont taxés de tricheurs car cachant leur véritable identité et se refusant de jouer le jeu démocratique !

Quid, me direz-vous, du renouvellement des élites, de la fin des cumuls de multiples fonctions, de l'hégémonie de baronnies locales ? Certes ces questions interpellent, mais l’éthique démocratique veut qu’elles soient traitées avec des méthodes transparentes et en respectant les personnes. Elles peuvent parfaitement l’être lors de débats locaux et non par des oukases jacobins.

La démocratie au sein d’un parti politique n’est pas seulement une affaire de programme, ni même de personnalité du chef (ou de la cheftaine), mais bel et bien des processus décisionnels mis en œuvre en leurs seins. De vertueux démocrates clament leur foi à toute occasion, mais pratiquent ni plus ni moins le jeu des factions, les noyautages, le clientélisme ; bref, c'est le grand écart !




Martine Aubry et Ségolène Royal dessinées par Gérard Eleouët, toutes pimpantes lors du congrès de Reims où chacune, haute en couleurs, défendait, avec le talent qu'on leur connaît, ses convictions ; puis, après, au lendemain des prestations publiques, Martine Aubry seule à la tête de l'appareil, en institutrice d'école primaire, couleur sépia qui convient aux choses du passé, disciplinant sa classe d'élèves ... L'envers du décor ! La vie interne des partis politiques serait-elle donc si tristounette ?
Les caricatures de G. Eleouët peuvent être vues sur son blog personnel "Staricature", ou encore sur celui des "
Grandes gueules". 

Il en va aussi des évêques dans les Eglises catholiques (la romaine et les parallèles), bien qu’ils continuent à être présentés comme de braves pasteurs qui, comme Jésus, consacrent leur vie à leurs brebis. Ceci dit, il suffit d’une décision venue d’en haut pour que l’évêque se retrouve dans un autre diocèse, voire un diocèse qui n’existe plus – virtuel – comme celui de Partenia en antique Tunisie pour Mgr Jacques Gaillot en 1995, et qu’il doive en conséquence (en berger d’un jour, en mouton obéissant) abandonner ses fidèles brebis !

En économie, les entreprises familiales cèdent le pas devant les sociétés anonymes et le pouvoir passe aux mains de PDG nommés par quelques gros actionnaires et bombardés à l'occasion " capitaines d’entreprise " avec juteuses prébendes.

Dans la vie associative, l’entrisme d’activistes extrémistes parfaitement rôdés à cet exercice mène parfois / souvent à des mainmises sur des associations de la société civile qui sont alors politisées, " récupérées " d’une façon unilatérale.

Allons nous donc, dans tous les secteurs, vers une société où le local perd son autonomie, vers une société de "fonctionnaires" ?

Au rythme où va cette captation des énergies entrepreneuriales et des initiatives locales, il ne restera bientôt plus que certaines communautés religieuses, telles les Eglises locales du protestantisme gérées par des conseils presbytéraux jaloux de leurs prérogatives. Les unitariens se rattachent à cette tradition d’autant plus que la plupart d’entre eux sont héritiers, sur le plan ecclésial, du congrégationalisme : la communauté qui a fondé une Eglise locale en reste propriétaire, même si les générations suivantes modifient les orientations initiales (comme dans le cas des congrégations unitariennes-universalistes).

Ors, les projets pensés, mûris, concrétisés par un individu ou un groupe ont une cohérence, une volonté, une ténacité envers et contre tout. Ils sont effectivement têtus, savent survivre ou se reconvertir, ne ménagent pas leur peine ni leur temps, savent se réjouir lorsque les fruits arrivent. Ils sont du côté des paysans et des artisans et non des multinationales irresponsables vis-à-vis de ceux qui sont attachés à un terroir, à une patrie, à une tradition.

Respectons le travail d’autrui, encourageons nos entrepreneurs locaux dans toutes les sphères de notre vie sociale, soyons attentifs à ceux à qui nous avons délégué des responsabilités (et pas seulement pour les critiquer à tout bout de champ !), valorisons nos propres ressources en tout domaine. Ainsi y aura-t-il davantage de continuité dans les efforts, et moins de bougeotte selon l’orientation des vents, de la mode à penser, des arrivistes de tout bord qui arrivent effectivement au pouvoir ... et servent d’abord leur propre coterie.

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