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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 03:47


Quitter le monde
, c'est le nom du onzième roman de Douglas Kennedy paru le 7 mai 2009. Dans ce livre, Jane Howard, la narratrice, nous retrace une partie de sa vie à compter du jour de ses 13 ans où elle prononcera, en présence de ses parents, une phrase malheureuse et lourde de conséquences. Enfance compliquée, études brillantes, rencontre, amour, drame, bonheurs puis Jane fera l'expérience de la tragédie. La plupart des romans de Kennedy sont construits sur le même principe : la vie d'un individu bascule du jour au lendemain, s'ensuit une terrible descente aux enfers suivie une lente remontée vers une nouvelle vie.

Kennedy, à travers le quotidien de ces vies brisées, va en profiter pour nous exposer des sujets qui lui tiennent à coeur :Le théâtre et la musique classique, ses grandes passions, mais aussi la vie de couple, la famille, les deuils, ou encore la politique et la société américaine sont des thèmes récurrents. Mais Kennedy affectionne également les questionnements métaphysiques, voire religieux :

" Qu'est-ce qu'il reste de nous, une fois que nous, puis tous nos proches, quittons ce monde ? Sommes-nous maîtres de nos destins ? Comment certains fanatiques peuvent-ils prétendre tout connaître de Dieu et de quel droit se permettent-t-ils de vouloir nous imposer leurs certitudes pour que nous puissions soi-disant Renaître ? ".

Et quand il s'agit de s'opposer aux fanatiques religieux en tout genre, il réplique à chaque fois en mettant en avant l'esprit d'ouverture et la sagesse des unitariens.

Au pays de Dieu
,
paru une première fois en 1989, le premier livre de D. Kennedy, est un récit autobiographique volontairement romancé : un véritable road movie en plein Sud des Etats-Unis à la découverte des groupes évangéliques New born again. Une autre planète, pour notre journaliste new yorkais aux idées humanistes et progressistes mais il veut voir ça de ses propres yeux, se rendre compte par lui-même. Il ne sera pas déçu !

Dans l'avant propos à l'édition française de 2004, il déclare avec son humour habituel :

" Je suis le sous produit d'un père catholique et d'une mère juive, ayant fréquenté une école protestante hollandaise et une Eglise unitarienne tous les dimanches jusqu'à la fin de mon adolescence, j'ai toujours eu l'impression que ma formation religieuse ressemblait à un carambolage sur l'autoroute".

Mais il ajoute : " Je garde cependant des unitariens, avec lesquels je n'ai plus eu de contacts depuis mon passage à l'âge adulte quelques principes de bases : l'idée que Dieu n'est pas une entité concrète mais une conception personnelle, que toutes les expressions de la foi sont recevables dans leur diversité, que Jésus n'est pas le fils de Dieu mais quelqu'un qui aurait voulu nous donner le meilleur exemple de ce que devraient être les relations entre êtres humains, dans l'idéal".

Et il termine sa profession de foi en affirmant :  "Au cas où l'on me demanderait si je crois en Dieu et en une vie éternelle, je donnerais sans doute la réponse unitarienne classique à savoir : en imaginant que je parcoure une route et que je parvienne à un croisement où je sois forcé de choisir entre deux routes, l'une d'elles conduisant au paradis, l'autre à une discussion à propos du paradis, je prendrais sans hésiter la seconde. En d'autres termes, sans avoir jamais pu gober l'idée d'un Etre suprême à adorer, je suis convaincu que la foi constitue probablement l'élan vital le plus puissant grâce auquel la grande majorité des individus arrivent à supporter leur existence ".

Par ailleurs l'auteur se plaît, dans presque tous ces livres, à évoquer l'unitarisme ou les unitariens, même s'il s'agit souvent de simples clins d'oeil comme dans Les désarrois de Ned Allen quand le principal protagoniste s'échine à vendre des logiciels informatique par téléphone :

" (…) le révérend Scott Davies, un prêtre unitarien d'Indianapolis qui voulait ré-équiper l'ordinateur de son Eglise et offrir le second kit à un centre de réinsertion qu'il parrainait "
ou dans Au pays de Dieu, quand il rencontre un ancien criminel reconverti en pasteur baptiste : " Comment ça t'es pas chrétien ? Flairant le danger, car c'était comme si je venais d'appartenir à un gang rival, je me suis empressé d'expliquer que bien que non-pratiquant, j'avais beaucoup d'estime pour l'enseignement unitarien, que même si Jésus n'était pas mon Sauveur je n'en éprouvais pas moins un grand respect pour Lui et pour Ses disciples ".

Quitter le monde
, son dernier roman, n'échappe pas à la règle. Son héroïne, Jane Howard, à propos d'obsèques qu'elle relate à un ami déclare : " Une amie à moi, officiante dans une Eglise unitarienne, s'est chargée de la cérémonie " ; et, un chapitre plus loin, à l'occasion d'un dialogue tendu avec un pasteur télé-évangéliste des Assemblées de Dieu, elle enchaîne :
" Mon père n'était rien du tout, ma mère unitarienne. Donc de votre point de vue, ce n'est pas du tout religieux.

- Oui, oui … Il est vrai que les unitariens ne croient pas en la révélation divine, ni au paradis, ni à l'enseignement des miracles, de sorte que le contenu de leur foi est plutôt … mince, disons.

- Ils ont une approche basée sur le doute, non sur les certitudes".
S'ensuit une joute verbale sur les notions de foi et de doute.

Dans le premier chapitre de L'homme qui voulait vivre sa vie, le héros, Ben Braford, cite Thomas Jefferson, Daniel Webster, Nathaniel Hawthorne, trois unitariens célèbres.
De la même manière dans Les charmes discrets de la vie conjugale, le personnage d'Hannah Buchan évoque dès le début du livre des personnalités unitariennes bien connues : d'abord Thomas Jefferson (encore), puis quelques paragraphes plus loin, à propos des grandes références littéraires du XIXéme siècle, elle cite Dickens, Hawthorne (toujours) et même George Eliot. Tous unitariens.

Mais dans ce même ouvrage la plupart des allusions à l'unitarisme sont plus directes. Au chapitre IV, Hannah nous raconte : " Dix jours plus tard, par l'une de ces rares matinées d'été de Nouvelle-Angleterre où le ciel est une coupole d'un bleu parfait, j'ai épousé Dan à l'église unitarienne de Burlington. Après un service simple et sans prêchi-prêcha, le déjeuner à l'ancienne mairie s'est passé sans histoire ".
Plus loin, elle s'interroge : " Soudain, j'ai déploré d'être aussi étrangère à l'idée d'un Dieu, d'un Yaveh, d'un Tout-Puissant, d'un Alpha et Omega, ou quel que soit le nom qu'on veut bien lui donner, parce que j'étais arrivé au seul moment de ma vie où je ressentais le besoin de prier. Mais je m'étais montrée assez hypocrite, au cours de ces derniers jours, pour ne pas en rajouter encore en implorant l'aide d'un Etre suprême auquel je ne croyais pas". Dans ce livre, le fils d'Hannah, devenu adepte d'une Eglise néo-évangélique a un dialogue tendu avec sa mère :
"Je n'apprécie pas du tout de recevoir des cours de christianisme de la part d'une...athée

- Je ne suis pas athée ! Je suis unitarienne !

- C'est la même chose. "


Mais c'est surtout dans La poursuite du bonheur, le roman incontournable de D. Kennedy, que l'auteur fait la part belle, à l'unitarisme. Dans cet ouvrage, à l'occasion des obsèques de l'un des personnages, nous faisons la connaissance du pasteur Roger Webb et tout un chapitre est consacré à la description de la cérémonie funèbre version unitarienne. Voici quelques extraits choisis :

" Je m'étais attendue à quelque révérend morose égrenant des platitudes en surveillant sa montre. Au contraire, Roger Webb s'était révélé plein d'égards et de zèle (...) ; j'avais senti qu'il était d'esprit ouvert, sincèrement libéral comme la plupart des unitariens (...)", et le révérend de dire en fin de méditation " Mon ministère voudrait sans doute que j'invoque une parole de la Bible pour conclure ces propos. Mais j'appartiens à l'Eglise unitarienne et, de ce fait, je peux aussi convoquer la poésie, en l'occurrence ces vers de Swinburne : Dors / Et si la vie t'a été amère pardonne / Et il est bon de rendre grâce comme de pardonner ".


On le voit bien, si Douglas Kennedy se déclare aujourd'hui 100% athée, il reste profondément attaché aux valeurs et aux principes de l'unitarisme tels que la tolérance, l'ouverture d'esprit, l'absence de dogmes et de règles strictes. De plus, il prend souvent en exemple des personnalités unitariennes. Bien qu'athée, sa spiritualité semble modelée par sa culture unitarienne.

Douglas Kennedy a quitté les Etats-Unis et les milieux unitariens en 1977. A 54 ans, il vit aujourd'hui en Europe avec sa femme et leurs deux enfants entre sa résidence familiale de Londres et sa chambre de bonne de Paris - sa tanière, dans laquelle il se retire pour écrire et se retrouver seul plusieurs jours par mois.

par François Arnault (chrétien unitarien français)

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