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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 10:16

Gérard Bessière, 18 octobre 2011, La Grave 46140 Luzech


dernier-des-mohicans.jpgLes derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ? *

* ndlr : nous avions nous mêmes utilisé cette expression à propos d'un article paru dans un journal belge : "Les derniers catholiques de Belgique", le 21 février 2010 (lien).

 

Le climat de restauration  s’appesantit  dans l’Eglise. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques  qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Eglises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.


Des milliers de chrétiens  « s’en vont sur la pointe des pieds » sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?


Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé (*) – de l’équipe nationale du groupe « Jonas » (lien),  le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Eglise, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement.  Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

* ndlr : ce communiqué résulte d'une rencontre des groupes Jonas Alsace et engage collectivement tous les membres de ces groupes. Il n'a donc pas à être signé individuellement.


Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. « A quoi bon ? » Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile « à la base », comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs. Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.


Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques  par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal (*), ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le « sensus fidei », ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre  leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’«A quoi bon ? ». Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : « Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ».

* ndlr : voir ci-dessous la remarque de M.T. sur le site de la Conférence catholique des baptisés de France qui atténue quelque peu la sévérité des propos de l'auteur.


Hélas, on recueille parfois pareille réflexion  sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Eglise où ils sont parfois  permanents, employés et salariés. On parle « mission », « évangélisation », « peuple de Dieu », sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante  papolâtrie, qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !
Concluons sereinement. L’Evangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. A l’intérieur des Eglises et en dehors d’elles.


Habités par cette conviction paisible, les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

 

Ce texte a été déjà reproduit sur plusieurs sites et dans plusieurs bulletins de la mouvance catholique réformatrice, par exemple dans le bulletin des Amis de Marcel Légaut « Quelques nouvelles », n° 249, novembre 2011, p. 6. Mis en commentaire sur le site de la Conférence catholique des baptisés de France (CCBF) le 20 octobre 11, ce texte à été suivi d'un autre commentaire de M.F. « D’accord avec cette analyse, avec une réserve sur le travail des théologiens et des hommes de la pensée. Il me semble que beaucoup s’expriment, articles, livres, conférences, blogs, mais que la manière qu’à la hiérarchie de contrôler, d’isoler ou de déplacer les gêneurs est peut être surtout efficace ? ».

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