Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Rechercher

Archives

10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 14:09

Dans le cadre du soutien à Mgr William Morris, lancé comme "évènement" sur Facebook par les Actualités unitariennes et la page "Chrétiens alternatifs" ( lien), voici les premières réactions que nous avons reçues :

toowoomba_eveche.jpg

blason du diocèse catholique de Toowoomba (Australie)

dont l'évêque, Mgr William Morris vient d'être "viré" par le pape Benoît XVI


Régis Pluchet, Le Mans, journaliste (sur les questions de santé) à la retraite, militant écologique, protestant de l’Eglise réformée de France (ERF), membre de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), message du 3 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier. - Ce n'est pas vraiment étonnant, même si c'est tellement anti-chrétien. Mais une chose m'étonne : comment l'évêque William Morris, tout comme Jacques Gaillot auparavant, peut-il accepter son éviction sans tenter de résister et de se maintenir à la tête de son diocèse malgré l'inique sentence papale !


Christian Coppola, Région de Bruxelles, juriste spécialisé sur les questions européennes, chrétien de formation catholique, sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier, le 3 mai - J'ai parfois l'impression que certaines communautés [catholiques] qui en ont marre du Vatican, sont fatiguées. Et quand on pense que Ratzinger lui-même a des problèmes avec ses traditionalistes, théologiens et membres de la curie, qui le trouvent trop tiède et se déclarent déçus, on mesure le désastre ! (puis le 10 mai) - Quand on entend le Vatican dire que mettre en cause l'autorité du pape est une atteinte à la foi chrétienne ... Que peut-on ajouter ? C'est délirant. (le 10 mai sur la page "Chrétiens alternatifs"). Mon total soutien.


André Eusope et André Gato, chrétiens progressistes et humanistes, approuvent une critique sur le Vatican, le 8 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier, et le 10 mai, notre campagne de soutien à Mgr William Morris.


Theadora Davitt-Cornyn, Oxnard, Californie, unitarienne-universaliste américaine, diplômée en théologie, de culture latine, approuve le soutien apporté à Mgr William Morris, le 8 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier


Roger Gau, Blagnac, près de Toulouse, ingénieur d’aviation à la retraite, chrétien unitarien, membre de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), message du 9 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier - Décision inacceptable que nous devons tous condamner avec force.


Annie Tricaud, Caulnes dans le département des Côtes d’Armor (Bretagne), secrétaire juridique à la retraite, conseillère en une marque de produits de beauté, catholique, message du 9 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier - Il serait temps en effet d'ouvrir le débat sur le mariage des prêtres : certain des apôtres étaient mariés ...c'est les représentants de l'Eglise qui ont voulu des prêtres non mariés de peur qu'ils ne puissent être efficaces ! Si le célibat des prêtres tombait dans le néant, nos églises, chaque petite église aurait son prêtre, et les pratiquants reviendraient ! Le Seigneur n'a jamais dit qu'ils devaient être célibataires...en ce qui concerne les femmes...pourquoi pas ! mais avançons pas à pas et ne bousculons pas trop vite notre papa et nos évêques ...
Je trouve dommage d'avoir limogé un évêque ouvert pour un rassemblement dans le Christ, par une solution qui me parait à moi (en toute humilité) louable et génératrice de nouveaux prêtres !


Georges d’Humières, Narbonne (Languedoc), protestant de l’Eglise réformée de France (ERF), militant de la langue occitane, message du 9 mai sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier - Après Parthenia [ndlr : affaire Mgr Gaillot, 1995, où l’évêque se vit offrir un évêché en Tunisie qui n’existe plus depuis la Conquête arabe], il va falloir encore trouver un évêché placard ! C'est nul !


François Poutot, Charmes (département des Vosges), membre de Jonas Vosges, par messagerie le 10 mai, suite à l’information donnée au sein du réseau des correspondants du Parvis - Il n'y a pas de raison que Gaillot soit le seul à avoir été sanctionné. Quand on est borné .... Hélas ! Mais c'est bien triste et, quoi qu'il en soit, l'AMOUR doit être le seul lien qui puisse nous transcender. Le reste n'est que broutille ! Mais on peut tout de même protester devant les diktats du Vatican et celui-là n'est pas fait pour m'en rapprocher.


Nicole Palfroy, Française vivant dans le Bugey (département de l'Ain), professeur de lettres à la retraite, fait partie de l'association Chrétiens de l'Ain en recherche (CAR) rattachée au réseau des Parvis, par messagerie le 10 mai, suite à l’information donnée au sein du réseau des correspondants du Parvis -

 Chrétienne, en opposition avec l'Eglise catholique dont elle est originaire, à cause de son intransigeance, son autoritarisme, ses fastes, son rejet de la théologie de la Libération en Amérique du Sud, etc , en un mot son comportement dans tout ce qui est contraire à l'enseignement de Jésus, mais aussi à son attitude dans la vie que les apôtres ont relatée de Lui.
Je tiens à apporter mon soutien aux chrétiens d'Australie et du monde entier face à la douleur qu'ils ressentent devant la destitution inique de Mgr W. Morris. Cette affaire ressemble à celle de Mgr Gaillot en France ; ce dernier a poursuivi sa mission sans contrainte, il est maintenant un évêque du monde entier. Je souhaite que Mgr Morris puisse continuer lui aussi à faire entendre la voix de l'Evangile, la Bonne Nouvelle que nous a apportée Jésus, notre modèle et notre Maître. Lui n'a jamais condamné personne. Il nous a apporté la liberté et non l'autoritarisme d'un pouvoir arbitraire qu'Il n'a jamais prêché. Ce sont de grands chrétiens comme Mgr Morris, Mgr Gaillot et bien d'autres, qui ont compris le message de Jésus et permettront qu'il soit toujours vivant et écouté. L'Eglise catholique est une véritable dictature des âmes et des consciences ; les dictatures ne survivront pas.


Jean Riedinger, Lorraine (France), animateur de Espérance 54 (association membre de la Fédération des réseaux du Parvis), catholique, message du 10 mai à Jean-Claude Barbier - Je pense de toutes façons qu'il faut trouver d 'autres voies pour faire connaître notre réaction à l'égard de cet événement, par Internet notamment. Ne serait ce que sur des blogs ou des sites déjà connus de diverses associations, des journaux nationaux ou locaux, ou en faisant connaître notre réaction à des institutionnels (sites ecclésiaux par exemple, voire évêques, radios chrétiennes, etc) Et pourquoi pas protestation au Vatican lui même.

 

Maurice Cabana-Proulx, Gatineau, Québec, professeur d'histoire, unitarien-universaliste, message du 10 mai sur la page facebook de Jean-Claude Barbier - Le meilleur appui que l'on peut offrir à Mgr Morris c'est de lui rappeler que le catholicisme n'est pas une sentence à vie, que la porte de sortie est là, ouverte, disponible à tous ceux qui en ont marre de cette gérontocratie phallocrate qui refuse avec véhémence de quitter l'époque médiévale.

 

"Arianiste Chrétien", Neuchâtel (Suisse), pasteur indépendant, chrétien arianiste,

et Patrick-Edouard Bernardeau, Limoges, praticien en psychogérontologie clinique et pathologique, protestant libéral de l'Eglise réformée de France, approuvent les critiques émises contre le Vatican sur la page Facebook de Jean-Claude Barbier.

à suivre ...

Partager cet article
Repost0
9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 18:36

 L’hebdomadaire La Croix ( lien) * nous informe ce jour que les réactions commencent à être vives en Australie au lendemain de l’éviction de Mgr. William Morris qui, aux yeux du Vatican, a eu le tort de s’interroger sur un élargissement possible du recrutement des prêtres aux hommes mariés, aux prêtres ayant quitté le ministère, aux pasteurs anglicans, et aux femmes mariées. Mal lui en a pris !

 

* l'article, dont l'accès est payant, peut être lu en entier sur Google en cache ( lien)

 

mgr_wiliam_morris2.jpg

 

Malheureusement, l’Australie étant géographiquement aux antipodes de la France métropolitaine, les chrétiens unitariens ont été pratiquement les seuls, jusqu’à présent, parmi les mouvances associatives militantes, à s’en émouvoir ( lien). Signalons aussi un excellent article paru le 4 mai dans l’hebdomadaire Golias « Scandale en Australie : un évêque « théologiquement incorrect » pour le Vatican destitué par le pape après délation de prélats et groupes néo-conservateurs » (lien).

Afin de renforcer la mobilisation des chrétiens francophones sur cette affaire, qui rappelle celle de Mgr Jacques Gaillot, les Actualités unitariennes, en collaboration avec la page Facebook « Chrétiens alternatifs » (lien) a décidé d’ouvrir ses colonnes pour faire part des réactions individuelles ou associatives des uns et des autres. Un « événement » a en conséquence été créé sur la page Facebook en question, à la date du 31 mai qui sera le terme de cette mobilisation (lien).

Les participants y seront comptabilisés. Par ailleurs, tous ceux qui veulent s’exprimer pourront le faire selon les moyens suivants :
- soit en envoyant directement un message à la Correspondance unitarienne (contact),
- soit en écrivant un commentaire en bas de cet article (cliquer sur "commentaire")
- soit en allant sur la page Facebook des « chrétiens alternatifs » (lien) ou directement celle de l'évènement en question (lien).
Vous pouvez mentionner votre nom et prénom (ou à défaut un pseudonyme), votre ville ou région, votre appartenance religieuse, éventuellement votre activité professionnelle. Votre message sera reproduit à la suite de cet article. L’échéance sera celle de l’événement qui a été fixé au 31 mai. Les résultats de cette mobilisation seront transmis à l’évêché de Toowoomba dans le Queensland-Est en Australie.

 

Chers lecteurs, à vos plumes ! Ne laissons pas passer cet évènement sans réagir …

Partager cet article
Repost0
3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 03:09

mgr_william_morris.jpgPour avoir, dans un bulletin pastoral publié à l’Avent 2006, émis des propositions concernant le recrutement de prêtres, Mgr William Morris, évêque Toowoomba  dans le Queensland-Est en Australie, s’est fait virer comme un malpropre par son supérieur hiérarchique, le pape Benoît XVI.

 

Il n’a même pas pu dire ouf puisqu’il n’a pas eu connaissance du rapport de la visite apostolique effectuée dans son diocèse par l’archevêque de Denver (Etats-Unis) à la demande de Rome, et qu’il n’a pas été appelé au Vatican pour s’expliquer.


Quelle faute gravissime aurait-il donc commise ? Eh bien tout simplement d’avoir estimé, dans son bulletin pastoral, que, compte tenu de la baisse du nombre de prêtres, l’Église devait ordonner des hommes et des femmes mariés, discuter de la réintégration des prêtres ayant quitté le sacerdoce, ou encore admettre les ordinations conférées par les anglicans et les protestants.


Or, les synodes diocésains et les évêques ne doivent pas causer sur les sujets sensibles qui, eux, sont domaines réservés du Vatican ! Motus bouche cousue. Alors de quoi cause-t-on au sein des Conférences épiscopales nationales ? Mystère …


Par une procédure semblable, prévue par le Droit canon, Mgr Jacques Gaillot avait été démis de sa charge d’évêque d’Evreux en janvier 1995 par Jean-Paul II (lequel vient d'être déclaré Bienheureux ce 1er mai 2011). Les évêques catholiques sont des préfets révocables …


Bien entendu, c’est à l’encontre de l’institution épiscopale qui, elle, s’est affirmée au tout début du IIème siècle avec une toute autre éthique ; voir notre dossier dans les Etudes unitariennes « le christianisme épiscopal » (lien)

Source d’information : Urbi&Orbi, tout nouveau bulletin d’information publié par le quotidien La Croix (lien)

Partager cet article
Repost0
19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 13:11
EXIT GODFRIED

Il fallait s’y attendre. L’archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, cardinal de surcroît, n’a pas échappé à la vindicte des frères Ratzinger, car ils sont deux, et le moins connu, petit monseigneur bavarois, n’est pas le moins vindicatif, tant s’en faut. Ils ne lui avaient pas pardonné les réserves qu’il s’était permis de formuler tout au long du dernier conclave et la déception qu’il n’était pas parvenu à dissimuler, à la fin de celui-ci, dans une conférence de presse, qui fut sans doute, quoi qu’il en dise, un des meilleurs moments de vérité de sa carrière. Un des derniers cardinaux qu’on appelait « libéraux », pour leur reconnaître une certaine personnalité et signifier qu’ils n’étaient pas toujours rigoureusement bien alignés, comme tous les autres, dans la ligne pontificale, le petit doigt sur la couture de la soutane, a donc été éliminé. Ce fut également le cas,  récemment, de Martini l’archevêque de Milan, bien connu pour ses positions progressistes en matière de morale et de théologie. Lui aussi a été fermement invité à prendre sa retraite à soixante-quinze ans, sans atermoiement ni tergiversation.

Cela veut simplement dire que le progressisme n’a plus aucun avenir dans l’Eglise catholique. On s’en doutait d’ailleurs, depuis que, sans relâche, et avec l’obstination qu’on lui connaissait, Jean-Paul II avait cadenassé toutes les nominations importantes, dans la hiérarchie de cette Eglise, du côté le plus traditionnel et le plus conservateur. Il n’y a pas de miracle, à Rome encore moins qu’ailleurs, et l’Opus Dei a jusqu’ici bien placé ses pions, dans les évêchés comme sur les autels. Benoît XVI n’avait plus qu’à poursuivre. Il le fait consciencieusement aujourd’hui en nommant archevêque de Malines-Bruxelles notre ineffable André-Mutien Léonard. Celui-ci, rappelez-vous, avait débuté ses exactions à Namur en fermant le séminaire qui avait le grand défaut d’être quelque peu ouvert et en recherche. Faisons-lui confiance, il ne tardera pas à découvrir, à un plus haut niveau, quelque chose à détruire, pour affirmer son autorité et la rectitude absolue de son jugement.

Cela pourrait bien être l’UCL, l’université catholique de Louvain la Neuve, qui a le grand tort de ne toujours pas condamner en bloc et en détail, comme il le souhaitait, la pilule, l’avortement, le contrôle des naissances, le préservatif, la conception médicalement assistée, le clonage des cellules, l’utilisation des embryons, l’euthanasie, etc, et dans laquelle, il n’y a pas si longtemps, il n’avait pas hésité à envoyer une taupe en observation, tout en négligeant de la payer, bien sûr. Seuls, les fidèles des deux provinces de Namur et du Luxembourg pourront se réjouir d’enfin connaître un bon débarras. C’était leur évêque.

Il n’y a plus de progressisme possible dans les rangs de l’Eglise universelle. Ce n’est pas en effet l’exaspération de quelques dominicains hollandais qui imaginaient des eucharisties sans prêtre, ni la grève de la faim d’un évêque brésilien qui se solidarisait avec les Indiens sans terre, qui va créer un nouveau courant progressiste. Ils seront désormais de plus en plus isolés, déconsidérés, et probablement écrasés avant d’avoir pu susciter un courant d’opinion. L’expérience acquise par Jozef Ratzinger au sein du saint Office, avant qu’ils ne changent de nom l’un et l’autre, ne laisse aucun doute à ce sujet. Le sort qui a été réservé aux « théologiens de la libération » ne donne plus aucune chance aux intellectuels soucieux de recherche et de formulations nouvelles. La façon dont ont été traités Helder Camara, porte-parole du tiers-monde, Pedro Arrupe, général des Jésuites, et les frères Cardenal, ministres au Nicaragua, garantit à tous ceux qui s’engageront désormais socialement et politiquement dans la vérité auprès des opprimés, un traitement qui aura pour effet de les réduire au silence ou à la démission.

Chez nous aussi, les espaces de liberté se font rares. Les voix discordantes se taisent. Les espoirs sont déçus. Et, pour beaucoup, qui avaient vécu le concile Vatican II d’abord, mai soixante-huit ensuite, c’est le temps du blues. Bien sûr, Louis Evely, Pierre de Locht, Jean Cardonnel et Edward Schillebeeckx  sont morts, Jacques Gaillot a été démis de ses fonctions comme Hans Kung, et Jean Kamp réduit à la plus grande discrétion. Ignace Berten fait, paraît-il, l’objet de menaces, et Gabriel Ringlet se tait bien souvent dans son prieuré campagnard. Les théologiens semblent s’être enterrés, dix mètres sous terre, dans leurs abris anti-dogmatiques, tellement ils considèrent que leur vie est risquée. Les prêtres ouvriers, pratiquement tous à la retraite maintenant, font de plus en plus figure d’anciens combattants. Et ce n’est pas Léon de Pas, comte romain, dernier héritier d’un zouave, tout aussi courageux et téméraire que son ancêtre, mort héroïquement à Rome pour les Etats pontificaux, qui, en reniant son baptême, va créer une révolution.

Et pourtant, la pratique religieuse s’amenuise lentement mais constamment en Belgique. On est obligé d’envisager l’abandon, la démolition, parfois la vente des églises et des presbytères. Le nombre des prêtres en fonction a fondu, parfois réduit à un quart de ce qu’il avait pu être. Les congrégations religieuses ont fusionné, maintenant elles disparaissent. Les couvents sont progressivement transformés en maisons de repos. Godfried Danneels a tout à fait raison de parler du « petit reste », mais ce n’est guère une vision d’espoir. Les seuls îlots de dynamisme et de vie active, parfois désordonnée il est vrai, semblent être les communautés charismatiques et traditionalistes. Mais cela a souvent l’allure d’une propriété privée. De toute évidence, ce n’est pas fait pour tout le monde ! Les évêques embauchent sans relâche des prêtres étrangers pour essayer de boucher les trous dans un tissu ecclésial usé et rapiécé. Pour eux, il n’y a pas de sans-papiers, pas d’immigrés sans droit d’asile. Si ceux-ci sont ordonnés prêtres, et au besoin on accélère le processus pour qu’ils le soient,  ils ne seront pas reconduits à la frontière !

Pourquoi se faire encore des illusions ? L’Eglise catholique est malade, gravement, elle va mourir. On la croyait éternelle ? Ce n’est pas vrai. Elle est humaine, spatio-temporelle comme les êtres humains. Ernest Renan avait raison de dire : le Christ avait promis le Royaume et c’est l’Eglise qui est arrivée. C’est pourquoi il est de plus en plus nécessaire et urgent de faire des distinctions importantes. Christianisme et Eglise catholique ce n’est pas la même chose. Quand on aura retiré des évangiles tout ce qui y a été rajouté durant les trois premiers siècles, on s’apercevra que Jésus n’a jamais voulu créer une organisation religieuse, sacrée et hiérarchisée, copiée sur celle du temple juif, mais qu’il a plutôt voulu une conversion du cœur et de l’esprit des hommes et des femmes en vue de transformer le monde.

Ce qui est en cause dans cette dégradation continue de l’Eglise, ce n’est pas la réforme liturgique avec le français plutôt que le latin, ou l’inverse, ce n’est pas l’autel dos ou face au peuple, ce n’est pas non plus le célibat ou le mariage des prêtres, ni même l’ordination des femmes, ni la révision ou la libéralisation éventuelle de toute la morale sexuelle. Ce qui est en cause est bien plus grave, on peut dire que c’est le Credo. Il n’y a plus guère une ligne de celui-ci qui se tienne réellement telle quelle face à la compréhension raisonnée et critique d’un homme du vingt et unième siècle qui, s’il accepte toujours de croire en quelque chose ou en quelqu’un, est cependant devenu allergique aux mystères de la foi. Rares sont ceux qui s’en rendent compte et sont prêts à l’admettre. Il n’y a guère eu de réaction dans notre Eglise, quand, il y a quelques années, les Abbés de Maredsous et d’Orval ont quitté leurs prestigieuses abbayes et se sont mariés, ni quand l’Abbé de Chimay s’est déclaré homosexuel, et du même coup s’est fait exclure. C’étaient pourtant des signes qui ne trompent pas.

Bien qu’il ait mis près de trois siècles pour être élaboré, le symbole de Nicée a accumulé des affirmations qui n’ont plus leur justification dans l’esprit de nos contemporains. Le Dieu unique continue à affronter la Trinité avec sa complication et son imbroglio de natures et de personnes, et cet affrontement est particulièrement sensible aujourd’hui aux islamistes. Quant à la toute-puissance de Dieu, elle rend tout à fait injustes les tsunamis, les tremblements de terre, et même les guerres, car elle exclut le hasard et ce n’est pas en invoquant la liberté des hommes qu’on peut les justifier. C’est pourquoi il ne manque pas de curés actuellement qui préfèrent parler d’un Dieu très aimant plutôt que tout puissant, d’une faute habituelle ou occasionnelle plutôt qu’originelle. La création telle que définie traditionnellement s’accommode mal de l’évolution pourtant maintenant scientifiquement établie. Et ainsi de suite…

Quand on sait l’histoire et les péripéties humaines des huit premiers grands conciles œcuméniques de l’Eglise catholique qui, jusqu’au neuvième siècle, ont d’ailleurs tous eu lieu, non à Rome mais en Turquie, siège de l’empire byzantin, on a des raisons de se demander si cette Eglise catholique est réellement chrétienne, c’est-à-dire du Christ, et si tous ces dogmes accumulés au cours des siècles n’ont pas eu des motivations bien plus politiques, partisanes ou économiques qu’évangéliques.

Il y a donc du travail pour quelques générations de théologiens, car le ménage à faire est immense et radical. Mais ne nous faisons pas d’illusions, c’est un travail impossible pour eux, car révision et réforme exigent des acteurs entièrement libres, et depuis toujours il est interdit dans l’Eglise de toucher aux dogmes, ne fût-ce que pour les habiller autrement. C’est le caractère dogmatique de l’Eglise qui, profondément, empêche son évolution et son adaptation au monde moderne. Ce sont finalement ses dogmes qui tueront cette religion, par étouffement.

Il est grand temps que tous ceux qui un jour ont été touchés par les valeurs de l’Evangile prennent conscience du tournant qui est à effectuer. Pour ne pas perdre ce précieux héritage il faudra d’une façon ou d’une autre le libérer des structures qui l’entourent et le faire vivre au-dehors. On avait oublié que l’Evangile est un message de grand air, à vivre hors les murs. Exit Godfried, on regrettera sincèrement sa simplicité, sa bonhomie, sa recherche permanente du consensus, imprégnée de bonté, mais pas sa soumission souvent aveugle au système clérical. Exit Godfried, mais qu’ils sortent donc aussi de leurs églises, les chrétiens ! Tout est encore à faire ...

Jacques MEURICE, prêtre.

reproduction de son texte publié le matin même (avec quelques coupures) par le quotidien La Libre Belgique (Bruxelles) et transmis à la Correspondance unitarienne par Philippe de Briey.

Jacques Meurice est l'auteur de :
- Adieu l’Eglise, chemin d’un prêtre-ouvrier, L’Harmattan, Paris, 2004, 159 p., présenté par Jean-Claude Barbier dans la Correspondance unitarienne, n° 54, avril 2006 (lien)
- Jésus sans mythe et sans miracle. L’évangile des zélotes, Golias, Villeurbanne, 2009, présenté dans les Actualités unitariennes le samedi 27 juin 2009 (lien), puis le vendredi 13 novembre 2009 (lien)

Partager cet article
Repost0
24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 12:35

Des escouades de nouveaux prêtres catholiques sortent des séminaires tenus par des mouvances réactionnaires de l'Opus Déï, les Légions du Christ, l’institut Bon Pasteur, et d'ici quelques temps la Fraternité Pie X, etc. Ils sont jeunes, ne doutent pas de leur célibat, se consacrent à 100% au fonctionnement de l'Eglise, renvoient les laïcs à leurs engagements temporels, sont directement prosélytes, etc.
Le heurt est assuré entre cette élite, efficace et qui vise la restauration, et les laïcs que les Eglises diocésaines forment pour de nombreuses tâches ecclésiales : accueil des personnes dans les presbytères, gestion financière et administrative des paroisses, services funéraires, animation liturgique, visite des gens malades ou en difficulté, etc. Voir un exemple concret, particulièrement éloquent, sur le blog de Michel 64 (membre de la communauté de blogs "Religions en toute liberté" que nous animons).


Ce sera l'Eglise post-Vatican II, non seulement rectifiée par Jean-Paul II puis Benoît XVI, mais restaurée. Ceci ne sont pas nos oignons puisque s'agissant d'une autre Eglise que la nôtre. Nous n’en sommes pas moins attristés et nous en aurons très probablement des répercussions, à savoir l'accueil au sein de nos mouvances libérales (catholiques, protestantes et unitariennes) de diacres et autres assistants pastoraux qui auront été mis à l'écart, par rabaissement et subordination extrême. Que nous sachions les accueillir le moment venu avec la tolérance qui doit être la nôtre.

Après la génération des mouvements d’Action catholique qui a pourvu en catholiques les partis politiques et les syndicats de Gauche ; après la génération Jacques Gaillot, dont l’exclusion en 1995 de l’évêché d’Evreux suscita la formation de la Fédération des réseaux des Parvis (aujourd’hui avec 50 mouvements), il faut s’attendre à cette nouvelle vague de laïcs toute acquise à la promotion du laïcat dans les activités paroissiales mais que leur Eglise n’aura pas su retenir.

analyse parue dans le bulletin de la Correspondance unitarienne n° 91, mai 90, à la rubrique "Information"

Partager cet article
Repost0
4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 05:21

Après la série déjà impressionnante des propos réactionnaires du pape depuis son élection, l’ambiance est celle des fins de règne. Des hommes politiques s’insurgent contre des prises de position qui sapent les efforts des politiques de santé. Les sondages d’opinion posent ouvertement la question du maintien de Benoît XVI à la tête de son Eglise, lien. Des manifestations publiques, avec pancartes et banderoles, mobilisent des foules. Des choses impensables il y a seulement quelques mois.

A Buenos Aires, ils étaient 1 100 ce lundi 30 mars, pour une séance publique de débaptisation. Cette apostasie collective marquait la fin de la campagne "Pas en mon nom" (" No en mi nombre "), lancée à l'initiative de plusieurs associations LGBT.

Celles-ci ont été rejointes par des athées qui n’approuvent pas la confusion entre l’Etat et l’Eglise. Il faut dire qu'en Argentine les symboles religieux sont présents dans les écoles, les hôpitaux et les administrations publiques ; de plus, l'Eglise catholique y reçoit des subventions en fonction du nombre de baptisés.

Photo de Mathilde Guillaume pour le journal Têtu.

En France, il y a eu campagne de débaptisation lorsque le pape est venu aux célébrations du baptême de Clovis à Reims – mais cela concernait des anti-cléricaux. Il y a maintenant, fait nouveau, des catholiques qui décrochent (voir un témoignage dans notre dernier bulletin de la Correspondance unitarienne).

Pour se faire débaptiser, la procédure est simple. Il faut adresser une lettre à l’évêque de son lieu de baptême en indiquant le jour et la paroisse.

Ceci dit, les unitariens respectent et acceptent le baptême des autres communautés chrétiennes. Ceux qui nous rejoignent gardent leur baptême, même si ce fut un baptême d’enfant – en cela les unitariens se sont démarqués des anabaptistes qui, eux, rebaptisaient systématiquement leurs ouailles. Sur le plan théologique, les anabaptistes avaient raison : le pédobaptême n'a aucun fondement puisqu'il s'agit d'un rite de conversion et donc nécessairement lié à un engagement pleinement lucide et responsable. 

Partager cet article
Repost0
22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 04:56

Les hommes politiques le savent très bien, bien qu’ils disent le contraire lorsque les sondages leur sont défavorables, l’opinion publique, incessamment relayée par les médias, mais aussi par la blogosphère et les multiples moyens modernes de communication, est reine. On évoque parfois des lynchages médiatiques ... comme naguère les hommes pieux lapidaient ceux qui étaient accusés de péché.

Or, jusqu’à présent, cette opinion publique s'était plutôt montrée bonne enfant vis-à-vis des instances religieuses. En septembre 2008, 86% des catholiques pratiquants réguliers avaient encore une bonne opinion de leur pape, 65% pour l’ensemble des catholiques, et 53% pour tous les Français – somme toute très bons scores quand on pense à la réputation déjà bien établie de rigueur doctrinale et d’ultra conservatisme qu'avait le cardinal Ratzinger, vite confirmée par ses premières maladresses en tant que pape (le discours de Ratisbonne, le voyage au Brésil où il a heurté la sensibilité des Amérindiens en louant l’évangélisation musclée du continent par les Espagnole et les Portugais, etc.). On aurait pu déjà s'attendre à des résultats médiocres. La désillusion, déjà bien présente chez les militants, tardait à venir dans l'opinion.

Cette fois-ci, après son discours contre les préservatifs dans l’avion en allant au Cameroun (ce mardi 17 mars) , c’est la chute vertigineuse (non pas de l’avion, mais des scores) : respectivement 52% (86 six mois plus tôt), 29% (contre 65) et 23% (contre 53), d'après un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui publié ce samedi 21 mars, réalisé par téléphone les 18 et 19 mars auprès d'un échantillon de 1 012 personnes représentatif de la population française.

Désormais, les sondages - qui fourrent leur nez partout - posent carrément la question du maintien de l’actuel pape au Vatican ! S'ils sont 54% à vouloir qu'il reste au Vatican, les catholiques de France sont 83% à estimer que l'Eglise doit modifier son discours et ses positions sur l'avortement pour tenir compte des changements intervenus dans la société. Ils veulent également que l'Eglise change son discours et ses positions sur la contraception (85%), le remariage des divorcés (77%), l'homosexualité (69%). Ce sondage du CSA sera publié dimanche ; il a été effectuée du 19 au 20 mars (soit après les propos du pape) auprès d'un échantillon de 620 catholiques représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Après les propos en Angola contre l’avortement thérapeutique, qui également touchent à l'humanitaire, on peut s’attendre à une autre dégringolade.

Il faut dire que ces propos extrémistes du pape ont, pour la première fois, soulevé une vague de protestations de la part d’hommes politiques, de ministres et de présidents.
Rébellion de l’opinion publique, des sociétés civiles, des catholiques, voir même de plusieurs évêques qui commencent à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas !

Nous sommes assurément à un tournant de l’histoire religieuse de nos pays tant Occidentaux que du Sud (à commencer par le Brésil).

Partager cet article
Repost0
20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 13:34

Folie
le billet de Michel Théron dans Golias

"Le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison".
Cet aphorisme paradoxal de Chesterton signifie que le fou raisonne très bien : la seule différence est qu’il le fait en partant de bases fausses. Il se vérifie bien souvent, par exemple dans le fait-divers que nous venons d’apprendre.


C’est l’excommunication, au Brésil, d’une mère de famille dont la fille de neuf ans a dû avorter après avoir été violée par son beau-père. La décision de l’évêque de Recife a été approuvée par le Vatican.
Ce comportement scandaleux est d’une grande logique, dès lors qu’on sacralise la vie de façon inconditionnelle. Évidemment on n’a nul égard pour celle qui la porte en elle, pas plus que pour ce que sera la vie de l’enfant à naître. À l’immaturité évidente de la mère ici s’ajoute le traumatisme de ce crime qu’est le viol. Mais de tout cela on ne se soucie pas, puisqu’on a été cohérent avec le principe qu’on a posé au départ.

La logique et la rationalité même sont bien différentes de l’intelligence. Ainsi la fille de Philippe II roi d’Espagne avait fait le vœu de ne pas changer de chemise avant que la ville d’Ostende fût prise. Elle tint parole, et ainsi fut totalement logique et rationnelle dans l’accomplissement de son vœu – mais aussi bien sûr tout à fait stupide de l’avoir fait.

La folie est dans la psychorigidité qui, une fois le principe posé, nous le fait considérer comme intangible, et ordonner notre conduite de façon qu’elle en dérive automatiquement et mécaniquement. S
acraliser inconditionnellement la vie est une absurdité. Rien de plus vivant par exemple qu’une tumeur. Pourtant en proliférant elle peut détruire la vie, par l’incapacité même où elle est de mourir : les cellules ne peuvent plus opérer leur suicide normalement programmé, leur apoptose.

ndlr (Actualités unitariennes) : La position du pape, ici mise sur le dos du capitalisme par le  dessinateur espagnol Matiz - sans doute par simple alignement sur la pensée dominante dans certains milieux - ne relève-t-elle pas plutôt d'un mode de pensée fréquent que ce soit dans les milieux ultra conservateurs ou ultra progressistes, laquelle génère les fanatismes, les exclusions, et finalement nombre de conflits ?

Les Eglises devraient se souvenir que dans sa réalité vécue la vie est constamment changeante, et exige que nous accommodions notre regard à des contextes toujours différents. Aucun principe posé a priori ne tient devant cela. Lao-Tseu dit fort bien, au début du Tao Te King : " La voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. "

Michel Théron

© Golias Hebdo, n°  72 - Semaine du 19 au 25 mars 2009 - lien
reproduit ici avec l'autorisation de l'auteur et de la revue 

Partager cet article
Repost0
15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 19:36
"Le schisme de la hiérarchie catholique" par Ivone Gebara, théologienne brésilienne, paru dans la revue Adital, traduit en français par Claude Lacaille.

 

Les derniers évènements concernant l’interruption de grossesse d’une fillette de neuf ans au Pernambuco (Nord-Est du Brésil) a mis en évidence un fait qui était déjà présent depuis longtemps dans l’Église catholique romaine. Les évêques ont perdu le sens du gouvernement par rapport aux défis de l’histoire et de la foi de la communauté et ils s’estiment plus fidèles à l’Évangile de Jésus que la communauté elle-même. Pour maintenir une compréhension centralisatrice et anachronique de leur fonction et de la théologie correspondante, ils se sont éloignés de nombreuses souffrances et douleurs concrètes des personnes surtout des femmes. Ils ont fini par être les défenseurs de principes abstraits, d’incertaines hypothèses et ont même prétendu être les défenseurs de Dieu. Cet évènement de distanciation est ce que j’appelle schisme. Les évêques, autant au niveau national qu’international (et ici j’inclus aussi le pape, comme évêque de Rome) sont devenus schismatiques par rapport aux communautés chrétiennes catholiques, c’est-à-dire qu’ils ont rompu avec une grande partie de celles-ci en diverses occasions. L’incident relatif à la prohibition de l’interruption de grossesse de la fillette dont Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque d’Olinda et Recife s’est fait un protagoniste en est un exemple irréfutable. Sans doute y a-t-il de nombreuses personnes et groupes qui pensent comme lui et renforcent son schisme. Cela fait partie du pluralisme dans lequel nous vivons toujours.

 

La hiérarchie de l’Église, servante de la communauté des fidèles, ne peut sur certaines questions s’éloigner du sens commun et pluriel de la vie de foi. Elle ne peut également dans des affaires de for intérieur et même de groupe se substituer à la conscience, aux décisions et au devoir des personnes. Elle peut émettre une opinion, mais non pas l’imposer comme une vérité de foi. Elle peut s’exprimer, mais non pas forcer les personnes à assumer ses positions. En ce sens, elle ne peut instaurer une guerre sainte au nom de Dieu pour sauvegarder des choses qu’elle juge être volonté et prérogative divine. La tradition théologique dans la ligne prophétique et sapientielle n’a jamais permis qu’un fidèle, même évêque, ne parle au nom de Dieu. Et cela parce que le dieu dont nous parlons en notre nom est à notre image et ressemblance.  Le Mystère Sacré qui traverse tout ce qui existe est inaccessible à nos jugements et à nos interprétations. Le Mystère qui habite en tout n’a justement pas besoin de représentants dogmatiques pour défendre ses droits. Notre parole n’est rien de plus qu’un balbutiement d’approximations et d’idées changeantes et fragiles, même concernant l’ineffable Mystère. C’est dans cette perspective également qu’on ne peut non plus obliger l’Église hiérarchique à devenir, par exemple, la promotrice de la légalisation de l’avortement, mais que simplement elle n’empêche pas une société pluraliste de s’organiser en accord avec les nécessités de ses citoyennes et citoyens et que ceux-ci aient le droit de décider de leurs choix.

 

Les communautés chrétiennes ainsi que les personnes sont plurielles. Dans un monde d’une telle diversité et complexité comme le nôtre nous ne pouvons pas admettre que seulement l’opinion d’un groupe d’évêques, hommes célibataires et avec une formation limitée au registre religieux, soit l’expression de la fidélité à la tradition du mouvement de Jésus. La communauté chrétienne est davantage que l’Église hiérarchique. Et la communauté chrétienne existe dans la réalité de multiples communautés chrétiennes, et celles-ci sont également constituées de nombreuses personnes, chacune ayant son histoire, ses choix et ses décisions propres devant la vie.

 

Je suis impressionnée par l’anachronisme des postures philosophiques et éthiques épiscopales, en commençant par les évêques brésiliens et jusque dans les instances romaines comme on peut le lire dans l’entrevue donnée par le cardinal Giovanni Batista Re, président de la Congrégation pour les évêques, à la revue italienne Stampa, laquelle concorde avec la position des évêques brésiliens.  Les temps ont changé. Il est urgent que la théologie des évêques sorte d’une conception hiérarchique et dualiste du christianisme et perçoive que c’est dans la vulnérabilité face aux douleurs humaines que nous pourrons être plus près des actions de justice et d’amour. Bien sûr nous pourrons toujours nous tromper même quand nous pensons avoir raison. C’est le lot de la fragile condition humaine.

 

Je crois que nos entrailles ressentent en premier lieu les douleurs immédiates, les injustices contre les corps visibles et c’est face à celles-ci qu’il nous incombe d’intervenir tout d’abord. La consternation et la commotion provoquée par la souffrance de la fillette de neuf ans ont été grandes. Et cela parce que c’est à cette vie présente et actuelle, à cette vie de fillette devenue femme violée et violentée parmi nous que nous devons en premier lieu respect et assistance. Ainsi comme membre de la communauté chrétienne, je salue l’attitude du Dr. Rivaldo Mendes de Albuquerque et l’équipe de CISAM de Recife ainsi que la mère de la fillette et toutes les organisations et personnes qui lui sont venues en aide en ce moment de souffrance qui certainement laissera des marques indélébiles dans sa vie.

 

Certains lecteurs diront que ma position n’est pas la position officielle de l’Église catholique romaine. Mais d’ailleurs, que signifie aujourd’hui la parole officielle? Qu’est donc l’Église officielle? L’institution qui se présente comme la représentante de son dieu et ose condamner la vie menacée d’une fillette? L’institution qui se considère sans doute comme la meilleure observante de l’Évangile de Jésus?

 

Je n’identifie pas l’Église à l’Église hiérarchique. La hiérarchie n’est qu’une infime partie de l’Église. L’Église est la communauté de femmes et d’hommes disséminée de par le monde et attentive aux personnes tombées sur les routes de la vie, aux porteurs de souffrances concrètes, aux cris des peuples et des personnes en recherche de justice et de soulagement de leurs douleurs aujourd’hui. L’Église est l’humanité qui s’entraide à supporter ses douleurs, à soulager ses souffrances et à célébrer ses espérances.

 

Continuer à excommunier, à inclure et à exclure, semble de plus en plus favoriser la croissance de relations autoritaires, irrespectueuses de la dignité humaine, surtout quand cela surgit d’institutions qui prétendent enseigner l’amour du prochain comme loi suprême. De qui Mgr José Cardoso et certains évêques se sont-ils faits les prochains dans ce cas-ci? Des fœtus innocents, diront-ils, ceux précisément qui ont besoin d’être protégés contre l’ « holocauste silencieux » commis par des femmes et leurs alliés. En réalité, ils se sont faits prochains du principe qu’ils défendent et se sont distanciés de la fillette agressée et violentée tant de fois. Ils ont condamné qui a recueilli cette fillette tombée sur la route de la vie et ont sauvegardé leurs lois et la volonté de leur dieu. Ils croient que l’interruption de grossesse de la fillette serait une atteinte à la seigneurie de Dieu. Mais les guerres, la violence sociale croissante, la destruction de l’environnement ne seraient-elles pas également des atteintes qui mériteraient davantage dénonciation et condamnation?

 

Pardonnez-moi si, sans vouloir juger les personnes, mais devant l’inconsistance de certains arguments et l’insensibilité aux problèmes vécus par la fillette de neuf ans, je suis prise aux entrailles d’une espèce de colère solidaire.

 

En fait, un schisme historique est en train de se construire et de croître dans différents pays. La distance entre les fidèles et une certaine hiérarchie catholique est marquante. L’incident relatif à l’interruption de grossesse de la fillette de Pernambuco n’est qu’une action d’autoritarisme entre tant d’autres et de méconnaissance de la complexité de l’histoire actuelle que la hiérarchie a commis.

 

Dans la mesure où ceux qui se croient responsables de l’Église prennent leurs distances de l’âme du peuple, de ses souffrances réelles, ils établiront un nouveau schisme qui accentuera encore plus l’abîme entre les institutions de la religion et les vies simples du quotidien avec leur complexité, leurs défis, douleurs et petites joies. Les conséquences d’un schisme sont imprévisibles. Il suffirait d’apprendre les leçons de l’histoire du passé.

 

Je termine ce court texte en rappelant ce qui est écrit dans l’Évangile de Jésus de différentes manières. Nous sommes ici-bas pour vivre la miséricorde entre nous. Et tous, nous avons besoin de cette miséricorde, unique sentiment qui nous permet de ne pas ignorer la douleur des autres et nous aide à porter les lourds fardeaux des uns et des autres.

 

Texte envoyé à la Correspondance unitarienne par Philippe de Briey, le 15 mars 09

 

Partager cet article
Repost0
11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:21

Les mouvements ultra conservateurs ont le vent en poupe au sein de l’Eglise catholique, comme l’Opus Dei et la Légion du Christ * : ils remplissent les églises et les séminaires, rouvrent même des petits séminaires, commencent à pourvoire les paroisses qui manquent de prêtres (d’autant plus qu’ils proposent des jeunes prêtres au célibat garanti), sont soutenus par de riches bienfaiteurs, ont des militants animés d’une foi sans doute, lesquels se consacrent entièrement à leur mouvement sans se disperser dans des engagements humanitaires et qui ne mettent les pieds dans le monde séculier (œuvres charitables, milieux politiques, etc.) que pour y faire du prosélytisme ou de l’entrisme.

* voir le dossier du journal La Croix sur ce mouvement aux méthodes sectaires " les légionnaires du Christ, soldats de l’évangélisation " 

En face, une mouvance libérale acculée à la défensive des acquis de Vatican II, très présente dans le Monde au nom de l’altruisme évangélique mais peu implantée dans les paroisses, ne bénéficiant guère du soutien de la hiérarchie ou s’en dispensant carrément, progressiste et perçue comme de Gauche (et donc liée à cette partie de l’opinion publique), sans grands moyens et sans mécènes, très présente dans les réseaux informels et groupes locaux, mais moins d’une façon institutionnelle *, très dispersée et ne disposant pas des capacités logistiques pour organiser de grands rassemblements ...

* toutefois, présence d’un groupe inter-convictionnel animé par le Réseau européen Eglises et libertés (RE) de la mouvance catholique libérale au niveau du Conseil de l’Europe à Strasbourg.

Présentation de ce réseau sur le site de l’AFCU, à la rubrique " Parvis " ; message du mercredi 16 janvier 2008, et
sur le site de nos Actualités unitariennes, à la rubrique " vive l’inter convictionnel ", notre message du mardi 26 février 08 " Un livre pour mieux cohabiter en Europe "

En partie héritière des mouvements d’Action catholique, cette mouvance est coordonnée en France par les Parvis (la Fédération des réseaux des Parvis, soit une cinquantaine de mouvements), en Belgique francophone par les Pavés (Pour un autre visage de l’Eglise et de la société, soit une douzaine de mouvements). Dans tous les pays européens le mouvement Nous sommes aussi l’Eglise est présent et actif *. Il est difficile d’évaluer une telle mouvance ; en France, elle serait de plus de 10 000 (militants, sympathisants, abonnés aux journaux).
* http://www.nsae.fr/ , avec en slogan " non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre "

Manifestement, pour Rome, la balance penche du côté des conservateurs ! On comprend mieux dès lors pourquoi l’Eglise catholique cherche à récupérer son aile ultra-conservatrice, assurément bon élève de l’institution et de ses dogmes, alors que l’aile libérale est beaucoup moins pratiquante, volontiers frondeuse et pratique la liberté de penser et donc le relativisme ! Sans vergogne – c’est à dire sans attendre que les schismatiques veuillent bien accepter enfin le Concile Vatican II, même si c’est comme on dit du bout des lèvres – Rome veut réintégrer les lefebvristes (soit une mouvance de 150 000 âmes) et aurait déjà tout préparé (information du journal Golias *) pour que, à Pâques prochain, les Eglises anglicanes conservatrices et schismatiques regroupées au sein de la Traditional Anglican Communion, soit 16 Eglises sœurs réparties Eglises-sœurs au Canada, Etats-Unis, Afrique, Australie et en Europe (environ 500 000 âmes) entrent en communion avec elle.
" La miséricorde du pape est sans limites ! Après les lefebvristes, les intégristes anglicans rejoindront l’Eglise catholique à Pâques … ", lien 

Au sommet d'une coupole d'église, l'Eglise (romaine bien entendu !) règne sur le monde avec dans sa main droite le glaive (sans doute piqué à l'archange Michel !) et dans sa gauche la balance de la Justice (sans doute piquée aux Romains !). Photo de John Linwood vue sur Flickr.


Au niveau international, pour toutes les questions concernant l’évolution des mœurs et les droits de l’homme, Rome a des alliés sûrs contre le "relativisme" avec l’islam et les orthodoxes. Tant pis pour les protestants plus évolués sur ces questions là ...
 

Partager cet article
Repost0

Articles Récents