Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Rechercher

Archives

23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 06:37
La Salafia est un mouvement rigoriste et piétiste apparu au Yémen vers 1980 à l'initiative d'un dévôt qui n'a pas fait d'études théologiques, le cheikh Abû 'Abd al-Rah'maân Muqbil b. Hâdî al-Wâdi'î (en raccourci, cheikh Muqbil). Né en Arabie saoudite, ce dernier est mort le 21 juillet 2001.

Sa "grande" idée est celle d'un fondamentalisme total : il faut revenir aux seuls enseignements du Prophète et de ses compagnons (les "salafs"). Exit donc les écoles juridiques de l'islam, la jurisprudence des sages, les divers mouvements ... et bien entendu le soufisme. Il fallait y penser : c'est clair et c'est net comme l'oeuf de Christophe Collomb. Plus musulman, je meurs ! Plus extrémistes que les autres radicaux : la nique aux autres mouvements comme les Frères musulmans ... Rendez-vous aux toutes premières années de l'islam.

Cela renvoie aux oubliettes tout ce que les musulmans ont pu faire durant des siècles, à commencer par la brillante civilisation que fut l'islam.

Si on en reste là, il s'agit d'une question purement interne à une religion, du même type que les mouvements chrétiens biblicistes qui ne jurent que par la Bible. MAIS, et c'est là que cette idéologie dérape, celle-ci est violemment sectaire renvoyant les autres musulmans à leur supposée ignorance et bien entendu condamnant les affreux Occidentaux qui sont en train de polluer l'islam par leurs néfastes influences. Tous sont "impurs" au nom de ce fondamentalisme simpliste et exacerbé.

Sectaire et xénophobe, cet enseignement rigoriste ne fait pas en principe de politique, mais il conduit inévitablement de nombreux jeunes aux camps d'entraînement djihadistes et les jeunes femmes qu'ils convertissent au port de la burqa. En tout cas, pour eux, le "pur" musulman ne doit pas se souiller avec les autres.

Point d'adapatation ni d'intégration, mais un communautarisme total en terre étrangère.

C'est suite à cet enseignement, et non seulement par simple piété personnelle, que de jeunes femmes se mettent à porter le voile intégral (et non plus seulement le voile des wahabites qui, lui, laisse au moins le visage découvert). Bizarrement, ce genre d'accoutrement pululle aux abords des mosquées où sévissent des prêcheurs salafistes ...

Et pour ceux qui ne sont pas ou plus habitués au vocabulaire des religieux, il leur faut savoir que la notion d'impureté hiérarchise radicalement le genre humain et renvoie les "impurs" dans une sous-humanité : ainsi la caste des "intouchables" en Inde, les races inférieures du nazisme, etc. 

le Marocain Mohamed Fizazi impliqué dans les attentats de Casablanca.

Pour les salafistes, un musulman qui s'occidentalise, qui se laïcise, sort manifestement du chemin de Dieu. Dès lors, il ne vaut guère mieux (aux yeux de Dieu, à leurs yeux) qu'un vulgaire poulet.

Il ne s'agit donc plus d'un mouvement seulement puritain ou de pudibonderie, mais bel et bien d'une vision de la société avec d'un côté les "purs" (eux bien sûr) et de l'autre côté "les impurs" qu'il ne faut pas fréquenter - à moins qu'ils ne se convertissent ...

Dans les passages aux actes (par exemple dans les pays maghrébins), les musulmans sont les toutes premières victimes des terroristes influencés par cette doctrine absolutiste. Le cheikh, dans son testament, nous dit le sociologue et politologue François Burgat, se montra plus soucieux de lutter contre les autres musulmans que contre les incroyants !

Dans son testament, Muqbil, qui fait part de sa crainte d'être assassiné à tout moment par ses adversaires [ndlr : il est toutefois mort naturellement], énonce tout d'abord une conviction relativement radicale : le combat qu'il mène contre les ahl al-bdi'a c'est à dire, pour ne point les nommer, toutes les familles musulmanes autres que la sienne (Frères musulmans, soufis, zaydis, tablîghis, jihâdis et takfîrîs) est plus importante à ses yeux que le combat contre les incroyants. ("Les Salafis au Yémen ou ... la modernisation malgré tout" par François Burgat et Muhammad Sbitli, dans Chroniques yéménites 2002, note 1).

Jusqu'à quand tolérerons-nous l'agissement de tels mouvements sous couvert de religion ou de "liberté de conscience" ... lesquelles ont vraiment, vraiment, bon dos  ?

Lu sur un site salafiste :

Dire que la Salafia est un mouvement ou un parti (Hizb) [est une erreur]. Il doit être clair que le Manhaj as Salafi n’est ni plus ni moins que : l’Islam. C’est le véritable Islam avec tous ses enseignements et tout ce que cela implique. Toute personne qui parle de cela sans en faire partie, c’est comme s’il parlait de l’Islam sans en faire partie ! Car c’est l’enseignement du Coran et de la Sounnah authentique à la lumière de la compréhension et de la pratique des Salafs : un mouvement sous-entend quelque chose de temporaire ou bien réactionnaire, alors que le Manhaj as Salafi est seulement le chemin véritable, constant et béni de tous les prophètes. 

ndlr : à bon entendeur, salut.
Partager cet article
Repost0

commentaires

Articles Récents